Vudhavi Karangal

Vudhavi Karangal est un foyer qui accueille les enfants abandonnés dans la région de Pondichéry. Créée en 1991 par Alice Thomas, une première maison a été établie pour héberger des garçons à Nonankkupam, dans les faubourgs de Pondichéry. En 2009, une deuxième maison a vu le jour pour accueillir des filles dans le village de T. N. Palayam sis au milieu d’une campagne verdoyante.
L’association française Les Orphelins de Pondichéry soutient Vudhavi Karangal depuis 2005.

mardi 8 août 2017

Le sable ... une denrée convoitée

Depuis un peu plus d'un an, l'antenne de Nancy des Orphelins de Pondichéry collecte des fonds pour financer, entre autres, la salle informatique qui pourra accueillir 10 calculateurs. Cette salle sera, dans un premier temps, ouverte durant le week-end, aux filles qui font des études supérieures (à partir de 14 ans). Un professeur rémunéré par VUDHAVI KARANGAL assurera la formation. Assez rapidement, la formation sera aussi, dans la limite des places disponibles, accessible gratuitement pour les cours de base, aux jeunes filles du village de Palayam et sanctionnée par un certificat.
La salle informatique en février 2017
Grâce à la générosité de nos fidèles donateurs, aux actions que nous avons entreprises depuis un an et aux subventions que nous avons obtenues de la Société Générale (Talents et Partage) et de la Région Est, notre budget a été bouclé depuis le mois de mai 2017. Malheureusement, les travaux de la salle sont actuellement et pour quelques temps encore bloqués. La raison :

LE PRIX DU SABLE !

Alice refuse, à raison, d'en acheter aux taux prohibitifs (jusqu'à 6 fois le prix du marché pratiqué en saison sèche) proposés actuellement sur le marché noir. Sans sable, pas de béton (il faut 2/3 de sable pour 1/3 de ciment) pour le béton des sols et des murs). Sans béton, pas de bâtiment !

Étrange comme ce qui nous semble commun devient un produit de spéculation ! Et cela mérite une petite analyse.

Le sable est actuellement la deuxième ressource naturelle consommée sur terre après l'eau. Il est utilisé surtout dans la construction de bâtiments, les revêtements de routes, les ouvrages de génie civil et, dans une moindre mesure pour fabriquer du verre, des panneaux solaires, des composants électroniques, etc. Actuellement, 44 milliards de tonnes de sable sont utilisés chaque année dans le monde, dont les 2/3 sont consommées en Inde et en Chine.

Coulage d'une dalle dans un bâtiment de la maison des filles.
Du sable, il y en a beaucoup sur terre. Mais tous les sables ne sont pas utilisables ; le désert qui semble une réserve sans fin fournit un sable trop fin, car poli par le vent, pour être utilisé dans la fabrication du béton. Il reste, pour cet usage, uniquement ce que nous donnent les bords de mer, les lacs et les rivières.

Les pêcheurs sur une plage de Pondichéry ; ici, on ne pratique pas d'extraction de sable.
Or l’extraction du sable a un effet déplorable sur l'environnement : assèchement puis diminution des berges, disparition des plages, inondations, pollution des rivières et des mers, diminution de la biodiversité, etc.

Il y a quelques dizaines d'années, l'extraction du sable était le fait des paysans et des pêcheurs qui creusaient à la main et vendaient des seaux de sable pour la construction. Rapidement, les besoins ont augmenté, notamment dans les grandes villes, et l’appât du gain ont transformé ce qui n’était qu’une activité artisanale en un secteur économique lucratif. Machines diverses, excavatrices, norias de camions ont alors fait partie du paysage des bords de mer et de rivières en Inde.
Dès 1957, la loi sur les mines et les minéraux (Mines and Minerals Act) amendée en 2012, obligent les candidats à l’exploitation de sable à obtenir une licence délivrée par les autorités de l’état et à payer des royalties sur le volume du sable extrait. Il faut ajouter que le sable est considéré, jusqu'à présent, comme une ressource minérale mineure et, à ce titre, son extraction est régulée par chaque état et non au niveau de l'Union. Chaque état a sa propre loi et si au Kérala des villages commencent à se mobiliser pour gérer cette ressource, il n'en est pas de même partout en Inde. 
Les besoins accrus et les tentatives de régulations ont conduit au développement d’exploitations illégales et à la vente de sable au marché noir entre les mains de la mafia du sable (Sand Mafia) qui englobe les ouvriers, les transporteurs, les financiers, les exploitants, les recruteurs, les hommes de mains, et, dans certains cas, les policiers et les politiciens qui prennent leurs profits au passage et ferment les yeux sur ces activités.
Dès lors, le cours du sable est, en Inde pour une grande partie entre les mains de ces mafias et l’accès à un logement devient de plus en plus inabordable pour de nombreuses personnes.

En septembre 2015, face à cette situation, le Ministère de l’Environnement de l’Union a pris des mesures sérieuses pour freiner le problème en élaborant des lignes directrices sur la répression des pratiques illégales de l'exploitation du sable, mais le problème reste encore loin d'être résolu. Au Tamil Nadu, des exploitations ont été fermées et on assiste à une pénurie de sable. Mais, les extractions illégales le plus souvent nocturnes et les cohortes de camions font encore partie du paysage et les prix s'envolent.

À Pondichéry, tout le monde espère que le gouvernement du territoire agira rapidement pour assainir le secteur et que la tonne de sable pourra de nouveau retrouver un cours normal. Alice pense que la situation reviendra à la normale d’ici la fin de l’année. Les travaux pourront alors reprendre ; la salle informatique deviendra enfin opérationnelle et nous pourrons nous consacrer à notre futur projet : l'atelier de céramique qui occupera le dernier étage du bâtiment.

Sur ce toit sera construit l'atelier de céramique.

Pour plus d'informations, vous pouvez exploiter les articles en ligne de journaux indiens Hindustan Times ou  Times of India avec les mots clés "sand mafia"